Messe en Si

Jean-Sébastien Bach

Temple Saint-Gervais

Genève
vendredi 30 octobre 2020

Eglise Catholique

Montreux
Dimanche 01 novembre 2020

C’est la grande œuvre de Bach, celle qui l’occupa de manière intermittente durant plus de vingt-cinq ans. Elle recèle de nombreux mystères et d’abord celui de la chronologie de sa composition : le Sanctus, qui se trouve normalement vers la fin de la messe date de 1723, c’est lui que Bach composa en premier. Le Kyrie et le Gloria datent de 1733, compositions motivées par la candidature du musicien au poste de Compositeur de la cour de Dresde dont le prince électeur était catholique. Enfin Bach ne mettra la dernière main à son grand œuvre qu’en 1748, deux années seulement avant de mourir et rendu quasiment aveugle par la cataracte, en y adjoignant le Credo et l’Agnus Dei.

Le deuxième mystère est celui du caractère catholique de cette messe composée par un Bach protestant, suivant le rite luthérien et rédigeant l’essentiel de ses œuvres religieuses en allemand. Or il s’agit là d’un office catholique, écrit en latin et suivant l’ordinaire de la messe. Sa première motivation était-elle d’obtenir un poste à la cour catholique de Dresde ? Certains musicologues cependant notent le caractère œcuménique de l’ouvrage, catholique dans sa forme, luthérien dans son esprit. Mais Bach se situe au-dessus des clivages religieux et la musique pour lui importe plus que tout ainsi que la nécessité, pour ce musicien profondément croyant, de célébrer Dieu.

Par ailleurs cette messe n’est pas destinée à l’office, car beaucoup trop longue. C’est une messe abstraite et purement spirituelle, pensée comme le couronnement d’une vie dédiée à la musique sacrée.

D’ailleurs Bach lui-même n’assista jamais à son exécution globale. Après sa mort en 1750 elle fut totalement oubliée et ne fut exhumée qu’en 1833, à l’initiative de Mendelssohn. Il faut attendre 1859 pour l’entendre pour la première fois en entier.

Quoi qu’il en soit, la Messe en si mineur constitue une des « sommes » musicales laissées par Bach, de par son ampleur, sa complexité, sa portée musicale et spirituelle.

Composition

La messe est le genre principal de la musique religieuse occidentale. C’est à partir du rituel catholique romain que le chant grégorien puis polyphonique s’est développé. Elle contient toujours les pièces dites de l’ordinaire : ce sont les parties de la liturgie qui demeurent les mêmes tout au long de l’année. Il s’agit du Kyrie, du Gloria, du Credo, du Sanctus, de l’Agnus Dei.

La Messe en si mineur de Bach est une œuvre très longue d’environ deux heures. Elle se compose de vingt-cinq morceaux dont le caractère varie en fonction du texte. Il s’agit de la compilation de pièces déjà composées et adaptées, en passant de l’allemand au latin. Seuls huit numéros sur les vingt-cinq semblent des compositions originales. Ce procédé dit de la « parodie » est très courant à l’époque et pratiqué par nombre de compositeurs.

La tonalité en si mineur vient de la première pièce, le Kyrie, les autres numéros étant (à l’exception de l’Agnus Dei en sol mineur) dans les tons voisins et particulièrement en ré majeur.

Quatre grandes parties dans cette messe : la Missa (comprenant le Kyrie et le Gloria), le Symbolum Nicenum (c’est-à-dire le Credo), le Sanctus et une dernière partie finale (Hosanna, Benedictus, Agnus Dei, Dona nobis pacem). On rencontre à la fois un style ancien avec l’emploi du Cantus firmus et des modes issus du chant grégorien et un style plus moderne : arias et duos avec ornementation issus de l’opéra italien.

Collection éclectique de pièces écrites à différentes périodes de la vie de Jean-Sébastien Bach, la Messe en si mineur nous saisit aujourd’hui par son unité, son exclamation humaine et fervente d’une vérité inépuisable. Cette messe est un monument testimonial de toute l’œuvre de Bach. Un «  chef-d’œuvre suspendu dans le vide » affirme A Basso, ajoutant : « […] le polyptique de la Messe en si mineur, quoique décomposé en divers panneaux, se révèle une œuvre compacte, homogène et conséquente, digne de représenter l’époque à laquelle elle fut créée, une époque de crise, mais d’une crise que Bach finalement ne subit jamais et surmonta même avec l’élan spirituel propre aux hommes sages et justes. » Accueillons donc comme tel le message de Bach et de sa Messe en si mineur.